Alors que le terrain russe est devenu quasi inaccessible pour la plupart des chercheuses et chercheurs, la question se pose de savoir comment continuer à produire du savoir sur ce pays, au moment où la demande politique est particulièrement forte. Cet article défend la notion de « terrain numérique », qui s’appuie sur des méthodes d’enquête numérique, comme horizon méthodologique et épistémologique possible. Il présente par ailleurs la manière dont CRYSTAL répond à cette ambition.
Comment le gouvernement iranien contrôle-t-il son réseau ? Grâce à quelles technologies et grâce à quelles stratégies topologiques ? Cet article se penche notamment sur la couche BGP du réseau iranien et sur la manière dont les acteurs gouvernementaux la manipulent à des fins de contrôle territorial. Il s'appuie pour cela sur l'outil Amethyst de la plateforme CRYSTAL, qui a permis de mettre en évidence la mise en place de goulots d'étranglement sous contrôle des élites nationales jouant un rôle clé dans les coupures d'internet récurrentes que le régime impose à sa population.
Cet article examine la production éditoriale de trois influenceurs (ou collectifs) complotistes européens sur les plateformes traditionnelles et alternatives. Il repose sur une ethnographie en ligne distante associée à des outils computationnels de collecte et d'analyse itérative, exploitables sur Crystal. En agrégeant un corpus multiplateforme toujours plus vaste, ceux-ci permettent de reconstituer les flux de partages et de cartographier les réseaux complotistes transnationaux, qui se présentent comme un archipel de producteurs de contenus dominé par un noyau restreint d'acteurs.
Au mois d’août 2018, la Russie est soupçonnée d’avoir amplifié la controverse provoquée par l’affaire Benalla via l’activité générée par ses médias internationaux RT et Sputnik sur Twitter. Cette polémique illustre la capacité de la Russie à manipuler l’opinion publique d’États tiers grâce à la stratégie d’influence qu’elle déploie sur les réseaux sociaux. Cette étude a été menée en partie grâce aux outils de Crystal.
Le routage des données est d’une importance géopolitique majeure. Cet article propose de nouvelles méthodologies pour comprendre et représenter de nouvelles formes de rivalités de pouvoir portant sur les couches basses du cyberespace, en prenant pour cas d'étude les territoires d’Ukraine de l'est occupés par la Russie depuis 2014. L'utilisation de l'outil Amethyst permettant d'observer l'évolution du routage des données dans le temps a ainsi permis de mettre en évidence une absorption progressive des système situés en Crimée et dans les territoires occupés du Donbass dans l'espace numérique russe.
En 2019, la Douma approuvait une loi destinée à donner à l’Etat les moyens juridiques et techniques de contrôler les flux de données entrant et sortant du territoire russe, et de déconnecter le réseau national du reste du monde « en cas de menace ». Point d’orgue de la stratégie de souveraineté numérique portée par la Russie depuis le début des années 2010, cette loi dite du « Runet souverain » se heurte néanmoins à d’importantes difficultés, que cet article a pour objectif de mettre en lumière grâce à la cartographie et à l’analyse spatiale. À partir d’importants volumes de données collectés et analysés via CRYSTAL, ce travail ébauche en effet une première cartographie des routes de l’Internet russe et des acteurs qui le structure afin de pointer les défis auxquels se heurte le « Runet souverain ».
L’invasion à grande échelle de l’Ukraine de 2022 et ses répercussions ont profondément restructuré la stratégie d’influence russe. L’article explore cette recomposition, à partir d’une analyse centrée sur les acteurs étatiques et non-officiels de son dispositif d’influence informationnelle dont les médias d’État transnationaux RT et Sputnik qui se sont réorientés vers de nouveaux bassins d’audience et le projet Lakhta en cours de reprise en main par les services de renseignement russes depuis la mort d’Evgueni Prigojine.
Cet article explore la dimension narrative de la politique étrangère, en prenant comme étude de cas la résurgence de la rhétorique anticoloniale dans le discours politique russe depuis l'invasion de l'Ukraine. S'inscrivant dans le « tournant narratif » en relations internationales et dans le cadre des narratives stratégiques, il propose d'utiliser ces dernières comme outil méthodologique pour identifier l'effet recherché derrière les stratégies discursives des acteurs russes. Il s'appuie sur une analyse de contenu de plusieurs corpus textuels et audiovisuels multilingues liés à la Russie et collecté grâce à la plateforme CRYSTAL.